Pourquoi travaille-t-on ?
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  • Sujet : Pourquoi travaille-t-on ?
  • Concepts : Pourquoi - travaille-t-on - 19199 -
  • Extrait du corrigé : En d'autres termes, si la finalité du travail est de se supprimer, le sens propre du travail est à chercher dans le loisir, le travail social ne figurant alors qu'un fantôme déshumanisé du travail. Il s'avère qu'aujourd'hui le travail devient une fin en soi : nous travaillons pour travailler. Le travail se réduit à l'emploi, à une activité professionnelle, à son acception économique, de sorte qu'on finirait par travailler uniquement pour ne pas être au chômage. En effet, la logique sociale du travail, liée à l'organisation économique de l'échange, dévie peut-être le travail des buts que nous avons précédemment aperçus : la réalisation de l'homme ou de l'individu par lui-même. Or, il apparaît que l'idéal d'efficacité quantifiable qui régit l'échange (la fameuse recherche de productivité) déteint au-delà même du monde du travail. Si l'on peut parler de travail aliéné, au sens où, comme l'a montré Marx, le travail, dans le système capitaliste, est déshumanisé , le temps devient lui-même une matière à rentabiliser, et plusieurs analystes du XXe siècle ont repéré cet asservissement du loisir lui-même à la logique du travail : le temps libre, soumis à la logique de l'échange, n'est plus, comme le dit Baudrillard dans La société de consommation, un temps suffisamment libre pour que nous prenions la liberté de perdre notre temps : "le loisir est contraint dans la mesure où derrière sa gratuité apparente, il ne reproduit fidèlement toutes les contraintes mentales et pratiques qui sont celles du temps productif et de la quotidienneté asservie". En somme, le loisir a une valeur avant tout marchande : il permet la reconstitution de la force de travail ; il est le temps de la consommation (exemple des vacances) et n'est qu'une "parenthèse évasive dans le cycle de la production" (Ibid). On peut dénoncer avec Nietzsche, dans Aurore, la glorification du travail par la civilisation de la production de masse qui témoigne de la volonté de discipliner et de dompter les individus : le labeur (travail pénible et soutenu), par opposition au travail créateur, celui de l'artiste ou du philosophe, loin de former l'homme, le rabaisse, le tient en laisse, le discipline ; il arrache à la réflexion et à la pensée. A société de labeur, sécurité garantie : "ainsi une société où l'on travaille sans cesse durement jouira d'une plus grande sécurité : et c'est la sécurité que l'on assure maintenant comme divinité suprême". Le travail, tel qu'il est envisagé par la modernité, est donc avant tout un lien servant à contenir l'homme, à dompter ses forces vives.

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